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Économie : la dédollarisation accélère-t-elle avec le développement par les BRICS+ d’un système d’échanges internationaux adossé à l’Or ?

L’infrastructure de règlement en Or des BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Iran, Égypte, Émirats arabes unis, Indonésie et Éthiopie) permet désormais à ses États membres d’effectuer des échanges internationaux adossés à l’or physique plutôt qu’au dollar américain (USD). Ce dispositif, qui regroupe aujourd’hui onze pays et attire déjà vingt-deux candidats, s’appuie sur la création de coffres de stockage et de réseaux de paiement destinés à faciliter un commerce affranchi du dollar. Depuis 2022, les bouleversements géopolitiques ont accéléré la mise en place de ce système alternatif, fondé sur une participation volontaire et sur l’Or comme socle de confiance.

Au cœur de cette architecture figure le Shanghai Gold Exchange (SGE), à savoir le marché national de l’Or en Chine délivrant ses propres cotations. Depuis avril 2026, le Securities and Exchange Board d’Inde a introduit son propre marché national de l’Or avec, également, ses propres cotations. Parallèlement à cela, la Russie a servi de terrain d’expérimentation en commençant à accepter dès 2017 le yuan (monnaie chinoise) pour ses exportations pétrolières, avec la garantie d’une convertibilité en Or vérifiée via blockchain à Shanghai. Ce modèle s’est depuis étendu à des partenaires comme l’Arabie Saoudite. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, insiste toutefois sur l’absence de volonté de remplacer le dollar, évoquant plutôt un basculement vers des règlements en monnaies nationales.

Le réseau repose sur une multiplication de coffres répartis dans plusieurs régions stratégiques. En Arabie Saoudite, des infrastructures permettent de convertir directement les revenus pétroliers en Or. À Singapour et en Malaisie, des installations offrent aux partenaires la possibilité de stocker et de mobiliser leurs réserves comme garanties de crédit. Cette diversification géographique vise à renforcer la résilience du système, chaque pays déposant une partie de ses réserves dans des installations contrôlées par d’autres membres.

Les échanges entre la Russie et la Chine illustrent déjà cette mutation : plus de 90% des transactions bilatérales sont désormais réalisées en roubles et en yuans. L’alliance initiale dénommée BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) s’est considérablement agrandie avec l’ajout de l’Afrique du Sud en 2011 (d’où les BRICS) et, ensuite, avec les pays tels que l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats arabes unis. C’est pourquoi l’acronyme employé pour désigner cette alliance est désormais BRICS+.

Cette dynamique s’accompagne d’un recours accru à l’Or par les banques centrales des pays membres de BRICS+. Entre 2022 et 2023, plus de 2 100 tonnes ont été acquises. La Pologne a renforcé ses réserves, tandis que le Kirghizstan détient désormais une part majoritaire de ses actifs en Or. En Inde, la banque centrale a poursuivi ses achats et rapatrié une partie de ses stocks depuis le Royaume-Uni.

Sur les marchés, l’Or atteignait des sommets en 2025 et continue de croître en 2026, avec plus de 4 050 dollars l’once (Oz.) ce 21 avril 2026. La progression de ces dernières années est relativement inédite depuis la fin des années 1970. Les analystes attribuent en partie cette envolée à la stratégie de dédollarisation des BRICS+. Parallèlement, le yuan renforce sa présence dans les échanges mondiaux, tandis que la Nouvelle Banque de Développement (ou « New Development Bank » en anglais) développe une plateforme de règlement transfrontalier destinée à soutenir ce nouveau cadre commercial.

Le projet prévoit un système pleinement opérationnel à l’horizon 2030, selon le vice-ministre russe des Affaires étrangères, avec des phases pilotes d’ores et déjà débutées. Des discussions portent également sur le développement de l’unité de règlement des BRICS partiellement adossée à l’Or, à savoir Unit.

Enfin, avec près de la moitié de la population mondiale, 70% des réserves de terres rares, 40% de la production pétrolière et plus de 12 000 tonnes d’Or, les BRICS+ disposent désormais d’un poids majeur à échelle mondiale. Leur stratégie repose sur trois piliers : le règlement bilatéral en monnaies locales, une alternative au réseau SWIFT et le développement de bourses nationales des matières premières. Alors que la part du dollar dans les réserves mondiales est passée de 72% en 2001 à environ 59% aujourd’hui, cette tendance est propice à s’accentuer d’ici 2030 sous l’effet de cette recomposition monétaire ainsi que des prédictions du World Economic Forum.