Le système britannique de prêts étudiants, conçu à l’origine pour élargir l’accès à l’enseignement supérieur tout en maîtrisant les dépenses publiques, est devenu au fil des ans une source profonde de frustration pour des millions de diplômés — et un risque politique croissant pour Keir Starmer et le Parti travailliste. Mis en place dans les années 1990 puis profondément transformé à partir de 2012 avec l’augmentation des frais universitaires, ce système a fait basculer toute une génération dans une dette massive, souvent perçue moins comme un prêt que comme une forme d’impôt durable sur les revenus.
Pour de nombreux emprunteurs, la promesse implicite selon laquelle la dette serait supportable et proportionnée aux gains futurs ne s’est pas concrétisée. En raison de taux d’intérêt élevés et de seuils de remboursement gelés pendant de longues périodes, le montant dû continue souvent d’augmenter malgré des remboursements réguliers. Ainsi, une grande partie des diplômés rembourse pendant des décennies sans jamais espérer effacer réellement le capital initial, tandis que la dette est finalement annulée après plusieurs dizaines d’années. Ce mécanisme alimente le sentiment que le système est opaque, trompeur et structurellement désavantageux pour les revenus moyens, voire modestes.
Cette situation a nourri une colère croissante parmi les diplômés, en particulier les plus jeunes, qui estiment avoir été mal informés au moment de contracter leurs prêts. Des figures publiques et des experts financiers ont largement contribué à mettre en lumière les incohérences du système, dénonçant une charge financière qui pénalise la mobilité sociale et freine les décisions de vie (ex : achat immobilier, création d’entreprise ou constitution d’une épargne). Ce mécontentement dépasse désormais la sphère individuelle pour devenir un enjeu collectif et politique.
Pour le Parti travailliste, le danger est réel. Près de dix millions de personnes sont concernées par ces prêts, dont une part significative appartient à un électorat jeune, diplômé et historiquement favorable audit Parti. Si ces électeurs perçoivent une absence de volonté réformatrice ou un renoncement face aux contraintes budgétaires, la désillusion pourrait se traduire par une abstention accrue ou un détournement vers d’autres forces politiques. Dans un contexte où Keir Starmer cherche à asseoir sa crédibilité économique tout en conservant le soutien de sa base électorale, le dossier des prêts étudiants apparaît comme un terrain miné.
Des pistes de réforme existent, allant d’un ajustement des taux d’intérêt et des seuils de remboursement à une refonte plus profonde du système, qui l’assimilerait davantage à un impôt progressif sur les revenus plutôt qu’à une dette classique. Toutefois, chaque option comporte un coût budgétaire et des implications politiques complexes, ce qui explique la prudence, voire l’hésitation, des responsables travaillistes. Le risque, cependant, est qu’en cherchant à éviter une controverse immédiate, le parti laisse s’installer un ressentiment durable.
Le débat sur les prêts étudiants ne se limite plus à une question technique de finances publiques : il est devenu un symbole plus large de la relation entre l’État, l’éducation et la promesse de progrès social. Sans réforme visible et crédible, ce système pourrait durablement entacher la confiance d’une génération envers le Parti travailliste et fragiliser la position de Keir Starmer, à un moment où les attentes de changement sont particulièrement élevées.

Enfin, le graphique ci-dessus est révélateur d’une certaine forme de « spirale infernale » de la dette étudiante en Angleterre. En trente-cinq ans, au cours de la période 1990-2025, le total des dettes étudiantes est passé de moins de 5 milliards de livres à près de 270 milliards en 2025.
