
L’European Payments Initiative (EPI), anciennement intitulé Pan-European Payments System Initiative (PEPSI), s’inscrit comme un projet d’intégration des paiements de la Banque Centrale Européenne (BCE) permettant d’établir un système de paiement et un réseau interbancaire pan-européen pouvant rivaliser avec les géants américains MASTERCARD et VISA. L’objectif initialement annoncé est, à terme, de parvenir à remplacer l’ensemble des systèmes nationaux de paiements tels que le groupement des cartes bancaires (CB) en France, Girocard en Allemagne et Bizum en Espagne.
Développé à l’initiative de 16 banques dans cinq pays différents le 02 juillet 2020 (donc en pleine pandémie mondiale du COVID !) et porté par la Commission européenne, le projet compte déjà, en 2021, 31 banques européennes importantes au sein de son réseau, parmi lesquelles les principales grandes banques françaises, Deutsche Bank et Commerzbank en Allemagne, Santander Bank en Espagne et Intesa Sanpaolo en Italie.
Par ailleurs, ledit projet doit fonctionner via l’espace unique de paiement en euros (acronyme : SEPA) et son système de paiement instantané (aussi appelé ‘SCT scheme‘) et ce, de manière à tirer profit des infrastructures fonctionnelles déjà en place telles que le système de règlements bruts en temps réel (TARGET 2) et les accords de paiement instantanés (TIPS) de l’Eurosystème.
D’une certaine manière, ce projet EPI s’inscrit directement dans la lignée du Projet Monnet, abandonné en 2012, du fait de la quantité d’investissements nécessaire à l’accomplissement d’un tel projet de développement d’un réseau de cartes et de paiements interbancaires. Cette fois-ci, avec le projet EPI, tout semble donc parti pour voir les évènements susmentionnés se réaliser.
Pourtant, en mars 2022, un coup de tonnerre est annoncé avec un changement de cap important puisque l’objectif principal de mettre en place un schéma de paiement européen est abandonné. En d’autres termes, l’idée de concurrencer VISA et MASTERCARD est donc délaissée, pour se concentrer exclusivement sur le « développement d’un porte-monnaie numérique et du paiement instantané » (source : Les Echos). De fait, comment ne pas anticiper que ce porte-monnaie numérique parvienne à être au service exclusif de la Banque Centrale Européenne qui est, au même moment, dans la première phase de son Euro numérique (c.f. photo ci-dessous automatiquement traduite de l’anglais par Google, fichier source de la BCE disponible ici) ?

Le point est aujourd’hui tel que, fin 2024, le projet EPI est une réalité en place (notamment via la marque WERO) que la majorité des personnes utilisera prochainement comme moyen de paiement instantané, notamment à travers l’usage des téléphones mobiles.
Etonnamment débuté, lui aussi, un 02 juillet (de l’an 2024), le projet WERO est « destiné à remplacer les services nationaux, Paylib en France, Payconiq en Belgique et Giropay en Allemagne [et propose] une alternative concurrente aux acteurs américains, comme PayPal, Visa et Mastercard, dominants sur le marché mondial ». Son apparition fait, étonnamment encore, suite « à la publication au Journal officiel de l’Union européenne du règlement relatif aux virements instantanés, qui a été adopté le 13 mars dernier par le Conseil et le Parlement européens » (source : Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie).
Par ailleurs, tout scepticisme entre le développement de l’EPI (via WERO) et celui de l’Euro numérique peut aisément être levé en consultant la Foire aux Questions (FAQ) de la Banque Centrale Européenne détaillant le fonctionnement de l’Euro numérique. En effet, en de multiples reprises, il est souligné que « les paiements en euros numériques seraient toujours sûrs et instantanés […] », que « l’euro numérique permettrait à chacun d’effectuer des paiements instantanés […] », que « l’euro numérique changerait cette situation, car tous les paiements en euros numériques seraient instantanés », que « l’euro numérique signifierait que les solutions de paiement instantané pourraient être davantage développées et disponibles dans tous les pays de la zone euro », que « un utilisateur pourrait choisir de mettre en place un virement mensuel automatique et instantané en euros numériques en faveur de proches » ou que « ainsi effectuer des paiements au-delà de la limite de détention en couvrant instantanément tout déficit […] ».
Enfin, en guise de réponse à la question initialement soulevée dans le titre de l’article, il est plus qu’indubitable que le développement de l’EPI (via WERO) est un accomplissement technologique réalisé par (et pour) les Banques et qu’il s’inscrit uniquement dans le projet voulu par les Banques Centrales (notamment la BCE) d’uniformisation de toutes les transactions à venir par l’intermédiaire de l’Euro Numérique. S’il n’a jamais été en vue de concurrencer VISA et MASTERCARD, il est par contre réellement en vue que l’Euro et le Dollar numériques fonctionnent, quant à eux, conjointement.