L’évolution du prix de l’Or au 20ème siècle ne peut être comprise correctement sans tenir compte de l’inflation. A ce titre, les prix nominaux – exprimés en dollars courants – donnent nécessairement une vision erronée, en particulier durant les longues périodes où le prix de l’Or était administrativement et gouvernementalement fixé.
Pourtant, en corrigeant ces prix en dollars constants (au lieu de dollars courants), on révèle la valeur réelle de l’Or correspondant à son pouvoir d’achat effectif. Cette approche met en lumière le rôle de l’Or comme réserve de valeur, mais aussi comme baromètre de la confiance monétaire à échelle internationale.
Période 1900-1933 : un prix nominal stable, mais une valeur réelle fluctuante
Au début du 20ème siècle, l’Or est au cœur de l’étalon portant son nom : l’étalon-Or.
Son prix est précisément fixé à 20,67 dollars US l’once (avec 1 once = 31,10 grammes) aux États-Unis et reste inchangé pendant plus de trente ans. En apparence, l’Or est parfaitement stable.
Néanmoins, en le corrigeant de l’inflation réelle connue durant la période, ce prix correspond à une valeur effective bien plus élevée dans la réalité du quotidien.
En effet, aux environs de 1914, une once d’Or représente – en dollars constants – l’équivalent de 600 à 650 dollars US actuels.
Après la Première Guerre mondiale (post-1918) et malgré le maintien du prix officiel, l’inflation érode cette valeur réelle, qui tombe vers 350–400 dollars US constants au début des années 1920.
Ainsi, bien que le prix nominal soit figé de 1900 à 1933, l’Or subit en réalité une variation réelle importante en dollars constants constituant, par la même occasion, un véritable reflet des déséquilibres monétaires et inflationnistes de l’époque.
1934 : année de forte dévaluation entrainant une réévaluation réelle partielle
En 1934, dans le contexte battant de la Grande Dépression, les États-Unis dévaluent massivement le dollar US et relèvent le prix officiel de l’Or à 35 dollars US l’once (contre 20,67 dollars US auparavant). Cette hausse nominale de près de 70 % est souvent interprétée comme une revalorisation majeure de l’Or.
Toutefois, en observant ces données sous l’angle des dollars constants, il s’agit plutôt d’un rattrapage partiel. Le nouveau prix correspond désormais à une valeur réelle comparable à celle du début du siècle.
Par voie de conséquence, l’objectif n’est alors pas de favoriser l’Or en tant qu’actif mais plutôt de relancer l’économie, lutter contre la déflation et renforcer les réserves monétaires états-uniennes.
Période 1944-1971 : un prix réel sous pression avec les accords de Bretton Woods
Les accords de Bretton Woods signés en 1944 engendrent un maintient du prix de l’Or à 35 dollars US l’once pendant près de trois décennies.
Cependant, cette stabilité nominale administrativement ochestrée masque une réalité tout à fait différente sur le terrain de la vie courante : l’inflation progressive des années 1950 et 1960 entraîne une érosion continue de la valeur réelle de l’Or.
En outre, à la fin des années 1960, une once d’Or ne représente plus qu’environ 300 à 400 dollars US constants. Cela représente un montant totalement inférieur à sa valeur réelle du début du siècle.
Cette sous-évaluation contribue particulièrement aux tensions internationales, avec les États-Unis voyant leurs réserves d’Or diminuer face à une demande croissante de conversion du dollar US en Or.
La fin de la convertibilité du dollar en Or en 1971 marque l’effondrement définitif de ce système artificiel de Bretton Woods.
Période 1971 – 1980 : libéralisation et explosion du prix réel de l’Or
La décennie 1970 constitue une rupture historique dans les prix du précieux métal.
Une fois libéré de ses entraves gouvernementales, donc des accords de Bretton Woods, le prix de l’Or s’ajuste mécaniquement et brutalement aux réalités économiques de la vie réelle, à savoir :
• une inflation élevée ;
• des chocs pétroliers ;
• une instabilité géopolitique patente ;
• une perte de confiance dans les monnaies fiduciaires à échelle mondiale.
C’est pourquoi, à l’aube de 1980, le prix nominal atteint environ 850 dollars US l’once. En corrigeant ce montant de l’inflation réelle, alors ce niveau correspond en pratique à une somme réelle comprise entre 3 200 à 3 500 dollars US constants. Ceci constitue le plus haut pouvoir d’achat jamais atteint par l’Or au cours du 20ème siècle.
Ce sommet reflète, bien plus qu’une simple spéculation, une véritable crise monétaire globale. Il est correct d’affirmer qu’à ce moment-là, l’Or redevient, temporairement et sans détour, l’ultime référence de confiance monétaire.
Période 1981 – 1999 : désinflation et déclin réel
Malgré l’enchevêtrement d’évènements mondiaux en cascade – avec notamment la chute du mur de Berlin en 1989, de l’Union soviétique en 1991, des conflits à grande échelle au Moyen-Orient et de l’avènement de l’Union européenne – il s’avère que les deux dernières décennie du 20ème siècle sont marquées de politiques monétaires restrictives, notamment aux États-Unis, maîtrisant ainsi artificiellement l’inflation.
Le prix nominal de l’Or baisse progressivement ou stagne, oscillant entre 250 et 400 dollars US. En dollars constants, cette période marque également une forte correction. Dans les années 1990, la valeur réelle de l’Or se situe souvent entre 800 et 1 000 dollars US constants, c’est-à-dire très loin du sommet de 1980.
Les marchés financiers dynamiques et la supposée confiance retrouvée dans les monnaies réduisent l’attrait de l’Or.
Conclusion
L’analyse des prix de l’Or en dollars US constants – et non en dollars US nominaux – met en évidence plusieurs éléments absolument fondamentaux dans la compréhension du monde financier :
- Le 20ème siècle est dominé par des prix de l’Or artificiellement contrôlés pendant plus de 70 ans ;
- Le pic réel de 1980 reste sans équivalent sur la période ;
- L’Or conserve son pouvoir d’achat sur le long terme, mais connaît des cycles réels volatils ;
- Le prix réel de l’Or est avant tout un indicateur de la confiance dans les systèmes monétaires à échelle mondiale.
Le fait de corriger le prix de l’Or de l’inflation transforme radicalement la lecture du 20ème siècle puisque derrière une apparente stabilité nominale se cache réellement une succession de dévaluations, de crises et de réajustements brutaux.
Enfin, l’Or apparaît comme une assurance monétaire dont la valeur réelle s’exprime pleinement lorsque la confiance dans les monnaies internationales s’effondre.
