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France : le pays est-il mis en vente, notamment par ses propres citoyens ?

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Voilà donc où la nation semble en être ! La France ne semble plus seulement gouvernée, administrée, taxée et endettée. Elle apparaît désormais exposée et mise à prix. Ses faiblesses budgétaires deviennent des instruments financiers, son incertitude politique devient une variable de marché et son élection présidentielle de 2027 devient, dans les salles de marché de Wall Street et de la City, une occasion de prendre position à grands frais.

Avant d’accuser la haute finance (étrangère), il faudrait peut-être commencer par regarder ce que la France et les français font eux-mêmes. En effet, il existe une contradiction française assez spectaculaire consistant à dénoncer en permanence la désindustrialisation, la dépendance étrangère ainsi que la puissance de la finance américaine … tout en consommant massivement des produits importés et en cherchant de plus en plus souvent à placer une épargne disponible sur les marchés étrangers, notamment américains. En 2025, selon la Banque de France, les ménages français ont réalisé 128,4 milliards d’euros de nouveaux placements financiers, tandis qu’une dynamique particulièrement importante d’acquisitions de titres étrangers par les résidents français a été constatée.

Alors, de quoi veut-on protéger le patrimoine français : de l’inflation, de la fiscalité ou de la faiblesse supposée de l’économie française ? Et de quelle manière ? En achetant des ETF, des fonds indiciels, du S&P 500, du Nasdaq, en investissant dans les grandes entreprises américaines ? En voulant acheter toujours « moins cher » ? En achetant des produits continuellement fabriqués ailleurs ?

Or, lorsque l’industrie française manque de capitaux, lorsque les entreprises nationales passent sous contrôle international, lorsque la dette du pays dépend toujours davantage de l’épargne mondiale, il est alors soudainement feint de découvrir que les étrangers occupent la place laissée vacante par la France et les français eux-mêmes.

Le paradoxe est particulièrement visible en Bourse. Fin 2024, les investisseurs non-résidents (zone Euro, 40% et USA, 34%) détenaient plus de 50% des actions des sociétés françaises du CAC 40, soit 1 083 milliards d’euros sur 2 165 milliards de capitalisation. Les investisseurs américains, totalisant à eux seuls 17% (= 34% x 50%) des détentions non-résidentes. Autrement dit, les capitaux étrangers jouent un rôle considérable dans le financement et la valorisation des grandes entreprises françaises.

Tel que le rapporte Euronext en mars 2026, « les investisseurs stratégiques, notamment les familles et l’État français, continuent de jouer un rôle important, détenant respectivement 20,4 % et 2,4 % du CAC 40, les quatre principales familles représentant à elles seules 17,7 % de l’indice ». Ce constat, loin d’être si rassurant que cela, montre globalement que la part grandissante d’environ 17% de tous les fonds et investisseurs américains dans le CAC 40 (BlackRock, Vanguard, etc.) commence à rivaliser au cumul à jeu égal avec la part des quatre grandes familles françaises équivalente à 17,7%.

Le phénomène dépasse d’ailleurs le seul cas de la Bourse. En 2025, selon la Banque de France, les non-résidents détenaient 55% des titres émis par les résidents français et 54,6% de la dette à long terme émise par les administrations publiques françaises. Les États-Unis occupent d’ailleurs la première place parmi les investisseurs directs étrangers en France lorsque l’on raisonne selon le pays de l’investisseur ultime.

Aussi, par continuité du paradoxe français, il est nationalement reproché aux capitaux étrangers de posséder une partie de l’économie alors que la France et les français envoient eux-mêmes une part croissante de l’épargne nationale ailleurs en quête de rendements financiers plus importants. Il ne s’agit pas aucunement de tenir un propos à charge contre un particulier qui achèterait un ETF américain, dans une optique supposée de protection de son patrimoine. Toutefois, additionnés les uns aux autres, ces choix individuels produisent un « effet cocktail » ou un phénomène collectif d’ampleur. Le capital français finance de plus en plus la croissance étrangère pendant que le capital étranger finance de plus en plus l’économie française.

C’est dans ce contexte qu’il faut regarder l’offensive des produits financiers liés au risque français. Selon BFM, écrivant le 10 septembre 2026 un article intitulé « Wall Street prêt à gagner beaucoup d’argent grâce à la dette française : à l’approche de la présidentielle, Goldman Sachs et Deutsche Bank lancent des placements pour parier sur la France », il semble même que les grandes banques d’affaires Goldman Sachs et Deutsche Bank proposent désormais à leurs propres clients des instruments permettant de s’exposer à la dette et au crédit français, notamment au moyen de paniers d’obligations et de total return swaps.

Les paris contre la France et la solvabilité liée à sa dette semblent ainsi ouverts puisque les grands acteurs financiers peuvent désormais prendre des positions sur la dégradation d’actifs français en intégrant explicitement le risque politique et l’échéance présidentielle de 2027 dans leurs stratégies. Et cela devrait suffire à provoquer autre chose qu’un simple haussement d’épaules !

Qu’est-il exactement vendu, en pareilles circonstances ? Du risque. Oui, du risque français. Celui d’un État dont la dette publique dépasse actuellement 3 500 milliards d’euros, dont les déficits restent considérables et dont la charge de la dette devient un poste budgétaire toujours plus lourd. Bien que le constat soit fortement à nuancer pour le moment (c.f. article France : une hyperpuissance que le monde envie ?), la France ainsi exposée est devenue un terrain de jeu financier.

Naturellement, il est entendu ci-et-là qu’il s’agit du fonctionnement classique des marchés. C’est partiellement exact en ce que les marchés permettent de se couvrir contre un risque, tout comme de spéculer sur sa matérialisation. Un swap ne porte aucune intention politique intrinsèque. Une banque qui propose un instrument ne souhaite pas nécessairement que le pays s’effondre.

Certes ! Mais cette explication technique ne doit pas masquer une réalité économique sous-jacente. Lorsque la faiblesse d’un État devient suffisamment importante pour pouvoir être empaquetée (ou titrisée), négociée et revendue comme un produit financier, quelque chose se trame déjà. Le problème n’est donc pas directement Goldman Sachs ou Deutsche Bank, qui semblent ne faire qu’exploiter une situation existante pour en tirer profit. Le problème est ce que révèle leur activité vis-à-vis de la France. Une partie de la Finance mondiale regarde désormais la Nation comme un risque à gérer, à couvrir et potentiellement sur lequel gagner de l’argent.

Cela ne rappelle-t-il pas le cas de la Grèce en 2010 ? Mais pourquoi cette situation existe-t-elle maintenant en France ? Simplement parce que depuis des décennies, la République dépense davantage qu’elle ne perçoit, accumule les déficits, repousse les arbitrages difficiles et que les citoyens de France accumulent les choix déraisonnables et désavantageux pour eux-mêmes ainsi que la Nation (c.f. propos ci-dessus). La dette semblait abstraite, lointaine, presque indolore. Il s’agit actuellement d’un formidable outil de pression de l’étranger sur le pays.

La dette a désormais un prix manifeste. Ce prix est observé à Francfort, Londres, New York, Hong Kong et partout où circulent les capitaux qui financent les États. Voilà le véritable sujet ! La souveraineté budgétaire de la France possède un cours de marché. Pendant que les responsables politiques promettent, les investisseurs calculent. Pendant que les partis annoncent des milliards, les salles de marché évaluent le coût de leur financement. Pendant que les candidats parlent au peuple, les marchés parlent en spreads, en rendements et en primes de risque.

La politique promet et la Finance facture. Et la facture finit toujours par arriver, tôt ou tard. Mais il existe une autre réalité, plus silencieuse selon laquelle pendant que les marchés « pricent » (donc intègrent dans les cours de bourse) le risque français, les contributeurs et citoyens français en viennent à supporter toujours plus fortement ce poids.

Exemple : le Livret A, dont une « fraction majeure de ses encours sert à financer des missions d’intérêt général de l’État français via la Caisse des Dépôts ». Depuis le 1er août 2026, il rapporte 1,7% à ses détenteurs. Bien que le Livret A ne soit pas une obligation d’État à 10 ans (dite OAT 10 ou TEC 10), qu’il bénéficie d’une garantie, d’une disponibilité immédiate et d’une défiscalisation avantageuse, il est nécessaire de garder en mémoire que ce 1er octobre 2026, le rendement de l’obligation française à 10 ans (dite OAT 10, ou TEC 10) atteignait 4,90%, un plus haut depuis 2003.

D’un côté, l’épargnant populaire reçoit 1,7% pour détenir de la détenir une sorte de produit assimilé directement à la dette de la France. De l’autre, le marché exige actuellement 4,9% de rémunération pour accepter de financer la dette française à 10 ans. L’un épargne et perd au change. L’autre tarife et gagne en coût d’opportunité. Si les deux produits financiers ne répondent pas au même objectif et ne comportent pas les mêmes garanties, cette asymétrie patrimoniale révèle un cas d’école : le marché dispose d’instruments plus sophistiqués pour rémunérer, transférer ou spéculer sur le risque, tandis que l’épargnant ordinaire cherche avant tout à préserver son capital.

L’épargnant perd indubitablement au change, dans la mesure où l’inflation est supérieure au rendement du Livret A. Bercy annonça dans un communiqué du 10 septembre 2026 que « pour 2026, le Gouvernement actualise ses prévisions de croissance à 0,5% et celle de l’inflation à 2,1% ». Dans le meilleur des cas, c’est-à-dire dans le cas où l’inflation n’est pas supérieure à celle estimée, le résultat à la fin d’année 2026 sera le suivant : 1,7% – 2,1% = – 0,4% de pouvoir d’achat (PA). Autrement dit, dans le meilleur des cas, les détenteurs d’argent sur le Livret A auront perdu 0,4% de pouvoir d’achat par rapport à l’année précédente. Si l’inflation réelle est plutôt à 3%, comme semble dernièrement l’annoncer l’INSEE, le résultat est bien plus mauvais : 1,7% – 3,0% = -1,3% de pouvoir d’achat (PA).

C’est précisément ici que la question financière devient patrimoniale. L’épargne française n’est pas une abstraction. Ce sont des millions de ménages qui mettent de l’argent de côté pour leur (confort de) vie, un logement, les études d’un enfant, la retraite ou les coups durs. C’est aussi l’argent transmis par les parents et les grands-parents, le fruit accumulé du travail de plusieurs générations.

Ce patrimoine est patient. La Finance, elle, est mobile et adaptative. Elle peut quitter un actif en quelques nano-secondes, changer de position ou demander une prime (donc un surcoût) supplémentaire lorsque le risque augmente. Le citoyen, lui, ne peut pas déplacer le pays. Lorsque les marchés considèrent que la France devient plus risquée, ils réclament davantage à la Nation. Le coût du financement augmente, la charge de la dette augmente et ladite charge revient finalement aux finances publiques, donc aux contribuables et aux générations futures.

À nouveau, le marché « price » le risque. La République le paie. Et le citoyen finit par le payer à son tour. C’est le principe financiarisé de « privatiser les profits et mutualiser les dettes » ou de « face, le marché gagne ; pile, les citoyens paient ».

Au lieu de s’indigner de voir des banques préparer des instruments permettant de miser sur les difficultés françaises, une question raisonnable devrait plutôt surgir : pourquoi et comment leurs sont-ils donnés matière à spéculer ? Encore une fois, SCYLLA INVESTMENT® attire l’attention de tout lecteur sur le fait qu’une banque ne crée pas le déficit (français). Elle ne fait que l’exploiter ! La nuance est grande et il est nécessaire de ne pas se tromper d’analyse. Un swap ne vote pas le budget. Goldman Sachs ne fixe pas les dépenses publiques. Deutsche Bank ne décide pas du montant des retraites, des salaires publics ou des niches fiscales. La finance exploite les vulnérabilités ; elle ne les invente pas (nécessairement).

C’est précisément ce qui rend l’affaire plus grave. Si demain les marchés considèrent que le risque français augmente, il ne suffira pas d’accuser les spéculateurs. Ceux-ci auront constaté, mesuré et négocié un risque que la France et ses citoyens auront eux-même produit. Ni plus, ni moins. Aucune accusation, simplement des faits !

En cela, contrairement aux propos ambiants, la France n’est pas opposée à Wall Street ou la City. Le sujet porte réellement sur le rapport entretenu avec un capital propre aux citoyens et à la Nation. Une partie conséquente et toujours croissante de la consommation finance directement des producteurs étrangers. Une partie conséquente et toujours croissante de l’épargne aussi finance les marchés étrangers. Une partie indubitablement importante (plus de 50%) des entreprises nationales est détenue par des capitaux étrangers. Et, parallèlement, une part considérable de la dette du pays est financée par des investisseurs non-résidents. Le phénomène n’est pas le résultat d’une seule décision ou d’une seule institution, mais est empiriquement le produit cumulé de millions de choix individuels, de stratégies d’entreprises et de décennies de politiques économiques inadaptées.

Il serait commode de baptiser cela vulgairement « complot contre la France ». Ce serait réducteur, inexacte et beaucoup trop simpliste. Le véritable problème est plus glacial, en ce que personne n’a besoin de conspirer lorsque les mécanismes du système suffisent à transformer des faiblesses existantes en opportunités de marché. Les banques n’ont pas besoin de détester la France. Elles ont seulement besoin qu’il existe un risque français. Et aujourd’hui, ce risque est plus que palpable.

Mais il existe une question que les salles de marché ne poseront jamais à la place des citoyens. Quel patrimoine la France et les français veulent-ils transmettre ? Une dette publique n’est pas seulement une colonne dans les comptes de l’État. Non, elle engage l’avenir, les recettes futures et les budgets futurs. Elle engage surtout les générations qui ne sont pas encore en âge d’être actif et qui devront pourtant un jour financer à leurs frais les décisions prises aujourd’hui.

Que sera-t-il laissé derrière ? Des infrastructures, des entreprises, des logements, des terres, des centrales, des savoir-faire propres au pays des Lumières ? Ou alors une montagne de dette à refinancer inlassablement jusqu’à l’effondrement ? Le patrimoine français n’est pas seulement fait de vieilles pierres. Il est fait de capital, de travail, d’épargne, d’entreprises, de terres, de savoir-faire et d’infrastructures. Il est surtout fait de cette possibilité essentielle, à savoir transmettre davantage que ce que l’on a reçu.

C’est là que le patrimoine entre réellement en jeu. Une génération peut transmettre des actifs tangibles (métaux précieux, énergie, etc.) … ou des obligations insolvables. Elle peut transmettre des bâtiments majestueux … ou des ruines. Elle peut transmettre des entreprises … ou des rentes à payer. Elle peut transmettre une souveraineté … ou alors une dépendance totale.

Voilà pourquoi le spectacle actuel des marchés financiers devrait concerner tout un chacun sans pourtant égarer quiconque. Si aucun élément actuellement connu ne permettrait d’établir que Goldman Sachs ou Deutsche Bank auraient organisé un complot contre la France, il s’avère que leurs instruments rappellent une réalité brutale : la fragilité de la France est devenue exploitable via un levier que représente sa dette. Et cette fragilité ne vient pas de l’extérieur, mais dans l’ensemble plutôt de l’intérieur. Elle est aussi le produit des comportements économiques des citoyens, des modes de consommation, des choix d’investissement et d’épargne, de l’incapacité collective à mobiliser suffisamment le capital au service d’une économie nationale.

Les marchés tarifent le risque. Les banques le négocient. Les investisseurs le couvrent. Certains peuvent même tenter d’en tirer profit. Mais au bout de la chaîne, il reste toujours une société avec des travailleurs, des épargnants, des contribuables, des familles, des enfants. En deux mots : la France. Chacun peut agir à son échelle, pour un avenir plus radieux. La beauté du monde dépend du regard porté sur celui-ci, tout comme la faculté de réussir dépend des actes de chacun.

L’investissement, notamment en actifs tangibles ayant perduré des siècles voire millénaires, est à la portée de tous et n’est certainement pas réservé à une « élite ». Et là est le véritable sujet à petite et grande échelle : il n’existe pas des investissements parce qu’il existe une « élite », il existe une « élite » parce qu’il existe des investissements. Ces derniers revêtissent différents caractères : les métaux précieux, l’énergie, l’industrie (aérospatiale, militaire, cybernétique, etc.), le médical, le commerce. La France est encore florissante dans tous ces domaines, alors nul besoin d’aller chercher très loin ! Pour ceux qui renieraient cela du fait d’une fiscalité supposément « lourde » en France, SCYLLA INVESTMENT® n’a aucune difficulté à indiquer que c’est totalement erroné puisque la France est même un paradis fiscal avec « environ 465 niches fiscales » rapportées par Les Échos. Libre à chacun d’aller consulter un avocat fiscaliste afin de 1) faire valoir ses droits en matière d’imposition et 2) connaître les options et avantages possibles en matière d’optimisation financière et fiscale selon chaque situation.

Pour conclure, il semble pertinent de poser la question suivante : combien de temps encore une Nation telle que la France pourra-t-elle encore financer son avenir avec le capital des autres, tout en envoyant elle-même son épargne chercher ailleurs les rendements qu’elle ne produit plus en son sein ?