Publié le

États-Unis : entre déficit colossal et dette croissante, le pays s’approche-t-il d’un défaut de paiement ?

Les États-Unis vont devoir emprunter plus de 2 000 milliards de dollars cette année simplement pour financer le fonctionnement du gouvernement, un niveau de déficit qualifié de « hors norme » par les experts en finances publiques. Selon les dernières estimations de l’Office of Management and Budget (OMB), la dette émise par le Trésor américain dépassera ce seuil d’ici la fin de l’année fiscale 2026, à savoir le 30 septembre, ce qui représente plus de 166 milliards de dollars par mois, et près de 181 milliards à partir d’octobre.

Le déficit prévu pour l’année fiscale 2027 s’élève à 2 170 milliards de dollars, nettement supérieur aux prévisions de la Congressional Budget Office (CBO), qui tablait sur 1 850 milliard cette année et 1 890 milliards pour l’année suivante. La dette nationale, déjà proche de 39 000 milliards de dollars, continue de croître mois après mois et les paiements d’intérêts deviennent une charge colossale pour le gouvernement. Entre octobre 2025 et mars 2026, près de 530 milliards de dollars ont été consacrés au service de la dette, soit plus de 88 milliards par mois, un montant rivalisant avec le budget combiné de l’Éducation et de la Défense.

Les analystes tirent à nouveau la sonnette d’alarme. Maya MacGuineas, présidente du Committee for a Responsible Federal Budget, rappelle que des déficits de 2 000 milliards de dollars étaient autrefois exceptionnels et survenaient uniquement lors de récessions majeures. Frederick Kempe, président du think tank Atlantic Council, met en garde contre les conséquences d’un endettement mal maîtrisé, qui pourrait se traduire par des taux d’intérêt plus élevés pour les ménages et les entreprises, et limiter les investissements dans l’avenir au moment où la compétition internationale, notamment avec la Chine, s’intensifie.

La perspective d’un défaut de paiement des États-Unis, longtemps considérée comme quasi impossible, suscite désormais un débat croissant parmi les économistes et les investisseurs. Selon certains scénarios documentés par le Congressional Budget Office, un plafond de la dette non relevé ou une incapacité à financer le déficit pourrait contraindre le Trésor à manquer des paiements sur certaines obligations. Même un retard temporaire sur la dette souveraine américaine aurait des effets systémiques, entraînant une volatilité accrue sur les marchés financiers mondiaux et une hausse des coûts d’emprunt pour le gouvernement et le secteur privé.

L’objectif de limiter le déficit à 3% du PIB, désormais soutenu par certains responsables politiques des deux camps, semble encore lointain. Atteindre cette cible nécessiterait une réduction d’environ 10 000 milliards de dollars sur la prochaine décennie. Avec un déficit actuel supérieur à 6% du PIB, les finances américaines apparaissent fragilisées, et les voix s’élèvent pour rappeler l’urgence de mesures drastiques avant qu’une crise fiscale ne se profile, rendant le spectre d’un défaut de paiement de plus en plus tangible.