Après l’étude approfondie de Deutsche Bank du 27 avril 2026, c’est au tour du pôle de recherches de la plus grande banque mondiale par capitalisation — J.P. Morgan — de partager sa position quant au marché aurifère pour la deuxième partie de l’année 2026. Suite à une progression spectaculaire en tout début d’année, le marché de l’Or traverse depuis plusieurs mois une phase dite de « consolidation » qui pourrait être amenée à nourrir les interrogations des investisseurs non-initiés aux fluctuations de marché. Les cours, qui avaient atteint des sommets historiques fin janvier 2026, évoluent désormais dans une fourchette plus étroite et semblent encore relativement freinés par les incertitudes entourant la politique monétaire américaine, les fluctuations des prix de l’énergie et les tensions géopolitiques vacillantes au Moyen-Orient.
Pour autant, cette période d’hésitation ne remet aucunement en cause la vision de fond de J.P. Morgan. Dans son étude intitulée « Les prix de l’Or atteindront-ils de nouveaux sommets en 2026 ? » publiée le 09 juin 2026, la banque américaine maintient en effet l’essentiel de ses prévisions favorables formulées en début d’année. Malgré la volatilité observée au cours des derniers mois et la variable d’intérêt spéculatif à court terme, les analystes de la banque continuent donc d’anticiper un prix de l’Or autour 6 000 dollars l’Once (Oz.) au cours du quatrième trimestre 2026. L’horizon 2027 s’annonce également haussier, selon les propos de la banque.
Ce maintien des objectifs constitue un signal fort. Alors que les marchés ont été secoués par plusieurs facteurs de stress — tensions commerciales, incertitudes sur les taux américains, évolution du conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis — J.P. Morgan considère que ces événements relèvent davantage de perturbations temporaires que d’un changement de tendance structurelle. Autrement dit, la banque ne voit pas dans les mouvements récents une remise en cause du cycle haussier de long terme qui soutient le métal précieux depuis plusieurs années.
Selon Greg Shearer, responsable de la recherche sur les métaux de base et précieux chez J.P. Morgan, l’Or se trouve actuellement dans une zone d’attente. Les investisseurs restent prudents dans l’attente de davantage de visibilité sur l’inflation et sur la réaction de la Réserve fédérale américaine. Cette prudence explique en partie l’évolution latérale des cours observée depuis plusieurs semaines. Toutefois, l’établissement estime que les principaux moteurs de la hausse demeurent intacts.
Parmi ces soutiens figurent notamment les inquiétudes persistantes concernant l’érosion du pouvoir d’achat, les déficits budgétaires américains, la fragmentation géopolitique croissante et la volonté de nombreux pays de diversifier leurs réserves de change. Pour J.P. Morgan, ces tendances structurelles n’ont pas disparu ; elles sont simplement momentanément éclipsées par les préoccupations de court terme liées à la conjoncture internationale.
La question des banques centrales illustre particulièrement cette résilience des fondamentaux. Les statistiques officielles du premier trimestre 2026 ont pu donner l’impression d’un ralentissement des achats de métal précieux. Pourtant, les estimations intégrant les transactions non déclarées suggèrent au contraire que la demande institutionnelle reste soutenue. Les calculs du World Gold Council montrent même une progression des achats réels par rapport à la fin de l’année 2025.
La Chine demeure au cœur de cette dynamique. Les importations nettes d’Or du pays ont fortement augmenté et la Banque Populaire de Chine a accéléré ses acquisitions officielles au cours du printemps. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de long terme visant à réduire la dépendance aux actifs libellés en dollars et à renforcer la place du renminbi dans le système monétaire international. Pour les analystes de J.P. Morgan, cette tendance dépasse largement les considérations conjoncturelles et constitue l’un des principaux piliers du marché de l’Or pour les années à venir.
À cette demande institutionnelle s’ajoutent de nouveaux relais de croissance. En Chine, les grandes compagnies d’assurance ont désormais la possibilité d’investir une partie de leurs actifs dans l’Or physique. Même si les montants engagés restent encore limités, le potentiel de montée en puissance est considérable et pourrait renforcer davantage le socle de demande du marché.
Certes, des risques subsistent. J.P. Morgan identifie notamment un scénario dans lequel l’économie américaine continuerait de croître vigoureusement tout en faisant face à une inflation durablement élevée. Une telle situation pourrait conduire la Réserve Fédérale (FED) à maintenir une politique monétaire restrictive plus longtemps que prévu, augmentant l’attractivité des actifs rémunérateurs au détriment de l’Or. Mais la banque souligne elle-même qu’il s’agit d’un scénario exigeant, qu’elle ne considère manifestement pas comme son hypothèse centrale.
En définitive, le message adressé par le pôle de recherches de J.P. Morgan est clair : les turbulences observées depuis le début du printemps ne remettent pas en cause les perspectives de fond du métal précieux. Le maintien quasi inchangé des objectifs de prix pour 2026 et 2027 témoigne de la conviction de la banque que les facteurs structurels favorables à l’Or demeurent pleinement à l’œuvre. Aux yeux de ses analystes, les tensions récentes apparaissent davantage comme une phase de transition et de consolidation que comme le début d’un retournement durable de tendance.
